Entre les falaises du Pradet, les tombants de Port-Cros et les eaux transparentes de Porquerolles, le Var réunit probablement l’un des plus beaux terrains d’apnée de Méditerranée — rares sont les régions qui cumulent autant de spots, de clubs, de biodiversité protégée et de conditions favorables sur un aussi petit territoire. Que l’on découvre la discipline ou que l’on prépare un stage en profondeur, nous avons pris le temps de documenter dans le détail ce qui fait la spécificité de ce littoral : disciplines, physiologie, sécurité, réglementation, spots et clubs. De quoi préparer une sortie, ou simplement comprendre ce que l’on regarde en croisant un apnéiste au large des Oursinières.
L’apnée ne date pas de la combinaison néoprène. Homère évoquait déjà, dans l’Iliade, des plongeurs récoltant des coquillages, et Aristote s’interrogeait sur la physiologie de l’immersion dès le IVe siècle avant notre ère. Pendant des millénaires, l’apnée est restée un geste utilitaire — pêche, cueillette de perles ou d’éponges, guerre navale — avant de devenir, au XXe siècle, un sport à part entière.
Le basculement se joue dans les années 1980, lorsque le duel entre Jacques Mayol et Enzo Maiorca, immortalisé par le film Le Grand Bleu de Luc Besson, porte la discipline sous les projecteurs : en octobre 1983, Mayol devient le premier homme à descendre à -105 mètres en apnée. Depuis, les limites n’ont cessé d’être repoussées : plus de 300 mètres parcourus en apnée dynamique en piscine, -212 mètres atteints en poids variable, et jusqu’à 11 minutes 35 secondes de statique.
C’est en 1992 qu’est fondée à Genève l’AIDA International (Association Internationale pour le Développement de l’Apnée), qui deviendra l’autorité mondiale de référence pour l’homologation des records et l’organisation des compétitions. En France, la structuration suit une trajectoire propre au sein de la Fédération Française d’Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) : en 1990, sur proposition de Jean-Marc Pujol, la commission « Pêche sous-marine » devient « Pêche sous-marine et plongée en apnée ». Georges Oliveras porte ensuite le projet de faire de l’apnée une discipline d’enseignement à part entière, ce qui aboutit, le 15 octobre 1995, à la création du premier brevet de plongée en apnée. La Commission Nationale Apnée (CNA) de la FFESSM est définitivement créée en 2005, à l’initiative d’Antoine Maestracci et de Jean-Louis Galy — ce dernier en devenant le premier président, avant Antoine Maestracci lui-même (2010-2011), Olivia Fricker (jusqu’en 2017), Thierry Bertrand (jusqu’en 2024) puis Laetitia Minier, qui préside la Commission aujourd’hui.
La Commission Nationale Apnée de la FFESSM organise, en piscine, sept épreuves officielles : l’apnée statique, l’apnée dynamique monopalme, l’apnée dynamique bi-palmes, l’apnée dynamique sans palmes, et trois épreuves de sprint (2×50 m, 4×50 m, 8×50 m). Le titre de champion de France « combiné » associe statique, dynamique avec et sans palmes.
Côté AIDA International, la nomenclature internationale distingue la STA (Static, immobilité totale, visage immergé), le DYN (Dynamic, distance parcourue avec palmes) et le DNF (Dynamic No Fins, distance parcourue sans aucune propulsion artificielle).
En mer ou en lac, la FFESSM distingue le poids constant monopalme, le poids constant bi-palmes, le poids constant sans palmes, et l’immersion libre (progression le long d’un filin, sans palmes, à la seule force des bras). Les nomenclatures AIDA correspondantes sont le CWT (Constant Weight, avec palmes ou monopalme), le CNF (Constant No Fins, sans palmes), le CWTB (variante bi-palmes) et le FIM (Free Immersion). Une discipline historique, le No Limits (NLT), dans laquelle l’apnéiste descend le long du câble à l’aide d’une gueuse — un appareil lesté de 15 à 30 kg, parfois muni d’un frein — avant de remonter à l’aide d’un parachute ou d’un ballon gonflé d’air, n’est aujourd’hui plus homologuée par l’AIDA. C’est pourtant elle que mettait en scène Le Grand Bleu, avec sa descente tête la première caractéristique.
Le saviez-vous ? Depuis 1992, l’AIDA International a homologué 330 records du monde, tous statuts confondus. Chaque tentative de record exige, selon le règlement international de la fédération, au moins deux juges internationaux, un contrôle antidopage, et pour les disciplines de profondeur, une caméra fixée au fond validant que l’apnéiste a bien atteint la plaque cible.
| Discipline | Milieu | Sigle AIDA | Ce qui est mesuré |
|---|---|---|---|
| Statique | Piscine | STA | Temps d’immersion, visage dans l’eau |
| Dynamique avec palmes | Piscine | DYN | Distance parcourue |
| Dynamique sans palmes | Piscine | DNF | Distance parcourue, sans propulsion |
| Poids constant | Mer | CWT | Profondeur atteinte, avec palmes ou monopalme |
| Poids constant sans palmes | Mer | CNF | Profondeur atteinte, sans propulsion |
| Immersion libre | Mer | FIM | Profondeur atteinte, le long d’un filin, à la force des bras |
Selon les données publiées par la Commission elle-même, la CNA rassemble aujourd’hui plus de 25 000 apnéistes licenciés et s’appuie sur environ 750 moniteurs spécialisés (premier ou deuxième degré), intervenant au sein d’associations ou de structures professionnelles. Elle constitue la deuxième commission sportive de la Fédération par son importance, juste derrière la Commission Technique dédiée à la plongée scaphandre — un indicateur de la place qu’occupe désormais l’apnée dans le paysage subaquatique français.
Basée à Genève, présidée aujourd’hui par Saša Jeremić, l’AIDA International délivre ses propres brevets — du niveau découverte au monitorat (Instructor, Master Instructor, Instructor Trainer) — et organise le circuit international de compétitions et de records. Contrairement à une idée reçue, FFESSM et AIDA ne sont pas concurrentes mais complémentaires : la FFESSM propose depuis plusieurs années des passerelles de reconnaissance mutuelle entre ses propres niveaux et les brevets AIDA, facilitant le parcours des apnéistes qui souhaitent, par exemple, commencer en club associatif puis rejoindre un centre labellisé AIDA à l’étranger.
Il existe en réalité une troisième organisation, plus ancienne que les deux précédentes et souvent moins visible du grand public : la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (CMAS). Fondée à Monaco les 9, 10 et 11 janvier 1959 par quinze fédérations nationales, sous la présidence du commandant Jacques-Yves Cousteau assisté du plongeur italien Luigi Ferraro, elle rassemble aujourd’hui plus d’une centaine de fédérations à travers le monde et siège à Rome. La FFESSM en est un membre fondateur historique, ce qui explique que chaque brevet d’apnée délivré dans un club varois donne automatiquement droit à une carte double face FFESSM / CMAS, reconnue dans le monde entier.
Sa particularité : la CMAS est la seule confédération mondiale d’activités subaquatiques officiellement reconnue par le Comité International Olympique, via son statut de membre de l’ARISF (Association des Fédérations Sportives Internationales Reconnues). Elle organise, en parallèle du circuit AIDA, ses propres championnats du monde et d’Europe d’apnée, où sont homologués des records distincts — y compris dans des épreuves qui lui sont propres, comme l’apnée de vitesse (2×50 m, 4×50 m) ou l’apnée d’endurance (8×50 m, 16×50 m), disputées exclusivement en bassin. Certains athlètes de tout premier plan concourent d’ailleurs sur les deux circuits : le Russe Alexey Molchanov, plusieurs fois champion du monde CMAS et AIDA, en est l’exemple le plus marquant. Côté français, la référence actuelle du poids constant est Alice Modolo, détentrice du record du monde AIDA de poids constant bi-palmes (96 m, 2022) et première Française à franchir les -100 m en poids constant monopalme, en 2021.
Ce qui distingue l’apnéiste du simple nageur qui retient sa respiration, c’est un mécanisme physiologique commun à tous les mammifères plongeurs : le réflexe d’immersion (ou mammalian dive reflex). Décrit dès la fin du XIXe siècle par les travaux du physiologiste Paul Bert, puis approfondi à partir des années 1960 sur des populations de plongeuses traditionnelles comme les Ama coréennes — dont une étude de référence publiée en 1967 dans le Journal of Applied Physiology a documenté les variations saisonnières du rythme cardiaque en plongée —, ce réflexe se déclenche dès que le visage entre en contact avec l’eau, en particulier de l’eau froide.
D’après une synthèse publiée dans la revue La Médecine du Sport, les principales composantes du réflexe de plongée sont la bradycardie, la vasoconstriction périphérique, la baisse du débit sanguin, la vasodilatation cérébrale et la contraction splénique. La bradycardie — le ralentissement du rythme cardiaque, qui peut atteindre 15 à 25 % chez un sujet entraîné — allonge la diastole, phase pendant laquelle la consommation d’oxygène du myocarde est minimale : elle protège ainsi le cœur de l’hypoxie tout en économisant les réserves en oxygène de l’organisme. La vasoconstriction périphérique, elle, redirige le sang des membres vers les organes vitaux (cœur, poumons, cerveau), au prix d’une accumulation locale d’acide lactique dans les muscles, libérée brutalement à la reprise de la ventilation.
Moins connue du grand public, la contraction splénique est pourtant l’une des adaptations les plus documentées de l’apnée d’entraînement.
Pourquoi la rate intervient. Elle agit comme une réserve naturelle de globules rouges. Sous l’effet du réflexe d’immersion, elle se contracte et libère ce sang concentré en oxygène dans la circulation générale — un mécanisme que les moniteurs varois observent concrètement lors des premières séances en piscine : les apnéistes débutants gagnent souvent quelques dizaines de secondes entre leur toute première statique et celles qui suivent dans la même séance, sans changement technique notable.
Ce que montrent les études. Une étude publiée en 2023 a comparé, chez dix-huit sujets, les effets d’une apnée et d’une reventilation en circuit fermé de durée équivalente : le volume de la rate diminuait significativement après l’apnée (-20,8 % en moyenne, contre -11,6 % après reventilation), tandis que le taux d’hémoglobine augmentait de 2,4 %. Cette réponse a même été étudiée chez les Bajau, un peuple d’Asie du Sud-Est pratiquant l’apnée de subsistance depuis des générations : leur rate peut atteindre un volume deux fois supérieur à la moyenne, une adaptation génétique qui a fait l’objet de publications scientifiques internationales.
Conséquence pour l’apnéiste. Ce mécanisme explique en partie pourquoi une deuxième ou troisième apnée, dans la même séance, est presque toujours plus confortable que la première — un phénomène que tout apnéiste entraîné a déjà ressenti sans nécessairement en connaître la cause physiologique.
En profondeur, un troisième mécanisme entre en jeu : le blood shift, ou transfert sanguin. Sous l’effet de la pression, le sang des vaisseaux périphériques se redistribue vers le thorax (cœur, poumons), ce qui compense en partie la compression de la cage thoracique et protège les poumons de l’effet de squeeze — un risque bien réel au-delà d’une certaine profondeur, documenté notamment par le décès du recordman américain Nick Mevoli en 2013, aux Bahamas, après un lung squeeze survenu deux jours plus tôt lors d’une tentative de record en immersion libre.
Sous les dix premiers mètres, au large des Oursinières ou du cap Carqueiranne, le bruit du monde de surface disparaît presque entièrement : c’est dans ce silence, et souvent sans que l’apnéiste y pense consciemment, que ces trois mécanismes s’enchaînent.
La syncope hypoxique — perte de connaissance brutale par manque d’oxygène — reste le risque le plus documenté de la pratique. Elle survient le plus souvent non pas au fond, mais dans les toutes premières secondes suivant le retour à la surface, moment où la pression partielle d’oxygène dans le sang chute rapidement alors même que l’apnéiste se sent en sécurité. C’est de cette observation que découlent deux règles de sécurité largement enseignées dans les clubs varois : prendre un point d’appui dès l’émersion, et surveiller étroitement l’apnéiste durant les trente secondes qui suivent — en maintenant ses voies respiratoires hors de l’eau au moindre signe.
De nombreux travaux, dont ceux du médecin Corriol, convergent : sans hyperventilation excessive avant la mise à l’eau, l’accident hypoxique reste rare. L’hyperventilation — une succession de respirations forcées destinée, à tort, à « faire le plein d’air » — abaisse en réalité le taux de CO2 dans le sang sans augmenter le taux d’oxygène disponible, ce qui retarde artificiellement l’envie de respirer et expose à une syncope sans signe avant-coureur perceptible par l’apnéiste lui-même. Des fourmillements dans les mains ou le visage pendant la préparation respiratoire doivent alerter et inciter à interrompre la mise à l’eau.
Le DAN Europe (Divers Alert Network), fondation de référence en médecine subaquatique, consacre une part croissante de son magazine Alert Diver à l’apnée. Parmi ses recommandations les plus citées figurent quinze règles de base pour une pratique plus sûre, qui insistent notamment sur la nécessité de signaler sa présence par une bouée visible — le risque d’être heurté par une embarcation étant, selon DAN Europe, l’un des dangers les plus sous-estimés de l’apnée en mer, les apnéistes passant, contrairement aux plongeurs bouteille, une part importante de leur temps en surface. DAN Europe déconseille également, dans un article dédié, de pratiquer la plongée bouteille et l’apnée profonde le même jour : au-delà de 15 mètres, l’accumulation de bulles dans l’organisme peut, selon des travaux qu’elle cite, provoquer un syndrome comparable à un accident de décompression, connu sous le nom de taravana, aux symptômes neurologiques allant du simple vertige à des troubles moteurs sévères.
Trois réflexes recommandés par les organismes de référence (FFESSM, AIDA, DAN Europe) : ne jamais s’immerger seul ; bannir toute hyperventilation forcée avant la mise à l’eau ; rester au contact visuel et physique de son binôme durant au moins trente secondes après chaque remontée.
En pratique, la personne restée en surface doit stimuler l’apnéiste dès son retour et attendre une réponse claire — un geste, une pression de la main — faute de quoi il doit être sorti de l’eau sans délai. En apnée statique, le seul signe visible d’une syncope en cours peut être un simple lâcher de bulles ; en dynamique, un palmage qui devient anormalement lent ou saccadé précède souvent l’incident de quelques secondes. C’est ce protocole, plus que la seule beauté des spots, qui permet à un territoire comme le Var d’accueillir aussi bien des débutants que des apnéistes confirmés en quête de profondeur.
La FFESSM structure sa formation en trois niveaux d’apnéiste piscine et quatre niveaux d’apnéiste en eau libre, du Pass’ Apnéiste jusqu’à l’Apnéiste Expert 3 CMAS*. Un cursus jeunes existe également, de la 1ʳᵉ étoile de mer (moins de 8 ans, 0-1 mètre) au brevet Dauphin (8 ans et plus, jusqu’à 10 mètres), avec des limitations de profondeur strictement encadrées par tranche d’âge.
| Âge | Profondeur maximale autorisée |
|---|---|
| 8 à 11 ans | 10 mètres |
| 12 à 13 ans | 15 mètres |
| 14 à 15 ans | 20 mètres |
| 16 ans et plus | selon le niveau de brevet obtenu |
Parce que la réanimation d’un accident d’apnée obéit à des règles différentes de celles d’un accident de plongée bouteille, la FFESSM a créé un brevet dédié : le RIFAA (Réaction et Intervention Face à un Accident en Apnée). Sa maîtrise est aujourd’hui considérée comme un prérequis pour tout encadrant sérieux, et de nombreux clubs varois — le Comité départemental en tête — l’intègrent systématiquement à leurs stages de formation.
Côté AIDA International, le cursus se structure en quatre niveaux de pratiquants (Freediver à Master Freediver), complétés par des brevets spécialisés — Monofin Freediver, Advanced Monofin Freediver, Depth Competition Safety Freediver — puis trois niveaux d’instructeurs (Instructor, Master Instructor, Instructor Trainer), ce dernier habilité à former à son tour de nouveaux instructeurs.
Chaque brevet FFESSM délivré par un club, y compris dans le Var, ouvre droit à une carte double face associant le brevet français et son équivalence CMAS en nombre d’étoiles — un système de reconnaissance internationale directement hérité de l’affiliation historique de la FFESSM à la confédération mondiale. Concrètement, l’Apnéiste en Eau Libre correspond à l’Outdoor Freediver 1 étoile CMAS, l’Apnéiste Confirmé en Eau Libre à l’Outdoor Freediver 2 étoiles, et l’Apnéiste Expert en Eau Libre à l’Outdoor Freediver 3 étoiles. Cette double reconnaissance permet à un apnéiste formé au Pradet ou à Toulon de faire valoir son niveau dans un club affilié CMAS n’importe où dans le monde, sans démarche de conversion.
Horaires, partenariats et records cités ci-dessous vérifiés en juillet 2026 — comme pour toute activité associative, ils sont susceptibles d’évoluer d’une saison à l’autre ; il reste utile de les reconfirmer directement auprès des clubs avant de s’engager.
Basé au Pradet, le Comité départemental FFESSM du Var fédère plusieurs dizaines de clubs et anime chaque année des actions de prévention des accidents en apnée et en pêche sous-marine, en lien avec l’université de Toulon et les acteurs locaux de la sécurité en mer.
L’ASCM Toulon Apnée forme et entraîne ses adhérents à la piscine du Port Marchand, à Toulon : dynamique dans le grand bassin extérieur de 50 m les lundis et mercredis soir, statique dans le bassin intérieur de 25 m le vendredi. Le club est ouvert dès 16 ans, avec une autorisation parentale, et organise plusieurs sorties en mer par an — n’ayant pas de bateau propre, il s’appuie sur des partenariats avec deux clubs associatifs pour travailler la verticalité, l’immersion et la compensation, jusqu’à une journée annuelle sur les îles de Port-Cros et l’îlot de la Gabinière.
Autre visage de la discipline dans le secteur : le Centre de Plongée du Pradet, basé au port des Oursinières, est avant tout un club de plongée bouteille, mais propose l’apnée comme activité complémentaire, aux côtés de la photographie sous-marine ou de la biologie. Son calendrier de sorties donne une bonne idée de la richesse du secteur : Escampo Barriou, l’Anse au blé, les Deux Frères, l’épave du Grec, la pointe de Rabat, le cap des Mèdes, l’Arroyo ou encore les Fourmigues de Giens sont autant de sites qui reviennent, saison après saison, dans leur planning.
Apnéemotion, également basé dans le Var à proximité de Toulon, propose des stages et des entraînements labellisés AIDA et FFESSM pour tous les niveaux, avec des sorties jusqu’au rocher des Deux Frères (cap Sicié) et à la presqu’île de Giens pour les niveaux confirmés (30 m), et un stage expert visant les 40 m. Sur les îles d’Hyères, la structure Espace Apnée encadre depuis plusieurs années des stages en mer autour de Porquerolles et Port-Cros, de l’initiation au perfectionnement.
Le Var attire aussi, ponctuellement, des figures de tout premier plan : Morgan Bourc’his, triple champion du monde d’apnée en poids constant sans palmes (record personnel à -91 m en 2019, à Villefranche-sur-Mer), organise régulièrement des stages à Toulon, dans le cadre de sa tournée méditerranéenne de formation à la profondeur.
Le tissu associatif varois ne traite pas la prévention comme une case à cocher. Le Comité départemental organise chaque année une journée de prévention des accidents en apnée et en pêche sous-marine, volontairement ciblée vers un public non licencié — étudiants de l’université de Toulon compris — afin de toucher aussi ceux qui pratiquent en dehors de tout cadre fédéral. Ces sessions associent des ateliers concrets (remontée en surface d’un plongeur inanimé) à des rappels théoriques sur l’accidentologie propre à l’apnée : syncope hypoxique, malaise en fin de remontée, gestion du froid lors de sorties prolongées.
Au-delà des clubs, plusieurs noms qui ont fait l’histoire de l’apnée mondiale sont directement liés à ce bout de littoral, entre Var et Alpes-Maritimes.
Stéphane Mifsud est sans doute le plus directement varois des quatre : c’est dans la piscine de sa maison familiale de La Crau, dans le Var, qu’il établit le 8 juin 2009 le record du monde d’apnée statique — 11 minutes et 35 secondes sans respirer, un temps resté invaincu depuis.
Loïc Leferme (1970-2007), l’un des premiers à structurer l’apnée sportive aux côtés de Claude Chapuis à Nice au tout début des années 1990, a battu cinq fois le record du monde de no-limits, jusqu’à -171 mètres. Il est mort en 2007 lors d’un entraînement dans la rade de Villefranche-sur-Mer, à quelques encablures de la frontière varoise.
Guillaume Néry, apnéiste niçois formé par Leferme et Chapuis, a été quatre fois recordman du monde et deux fois champion du monde en poids constant (record personnel à -113 mètres), avant de se reconvertir dans le cinéma sous-marin aux côtés de la réalisatrice et apnéiste Julie Gautier.
Alice Modolo, chirurgien-dentiste de formation devenue apnéiste professionnelle, est détentrice du record du monde de poids constant bi-palmes (96 mètres, 2022) et première Française à avoir franchi les -100 mètres en poids constant monopalme.
À ces noms s’ajoute Morgan Bourc’his, déjà présenté plus haut, qui reste à ce jour le seul de ce groupe à organiser régulièrement des stages directement à Toulon.
Créé le 14 décembre 1963, le Parc national de Port-Cros est le deuxième plus ancien parc marin d’Europe. Son cœur s’étend sur 1 700 hectares terrestres et 2 950 hectares marins, auxquels s’ajoute, depuis son extension en 2012, une grande partie de l’île de Porquerolles. Son aire d’adhésion couvre 11 191 hectares répartis sur cinq communes — Hyères-les-Palmiers, La Croix-Valmer, Ramatuelle, Le Pradet et La Garde.
Trois secteurs — les îlots de Bagaud, de la Gabinière et le rocher du Rascas — sont classés en réserve intégrale depuis 2007 et totalement interdits d’accès, y compris à la plongée : une mesure de protection stricte qui a permis, selon le Parc national, la préservation d’une faune remarquable — mérous, raies, bancs de poissons multicolores — dans des eaux jamais fréquentées par l’homme. Le Parc administre également le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles et anime la partie française du Sanctuaire Pelagos, dédié à la protection des mammifères marins en Méditerranée.
Le milieu marin du Parc tire son originalité de deux paysages sous-marins emblématiques : l’herbier de posidonie, plante endémique de Méditerranée qui joue un rôle majeur de nurserie pour de nombreuses espèces, et le coralligène, formation rocheuse d’origine biologique qui abrite, à elle seule, plus de 180 espèces de poissons recensées ainsi que de nombreux invertébrés.
À observer sous l’eau. Mérous bruns aux abords des réserves intégrales, bancs de sars et de saupes le long des tombants, gorgones pourpres dans les zones les plus profondes du coralligène, et parfois, plus au large, le passage d’un groupe de dauphins évoluant dans le Sanctuaire Pelagos.
Le relief sous-marin local se prête particulièrement bien à une pratique progressive. Au lever du soleil, l’eau est souvent parfaitement lisse devant la plage des Oursinières — le moment que choisissent la plupart des clubs pour leurs premières séances de la journée. La crique et le secteur de la baie de la Garonne offrent un plan d’eau abrité, idéal pour le travail en statique et en dynamique, avec deux sentiers sous-marins balisés en faible profondeur — un bon terrain d’échauffement avant de rejoindre les spots plus exigeants. Pour un panorama plus complet des plages et criques du secteur, la côte entre les Oursinières et Carqueiranne offre une grande variété d’entrées dans l’eau. Pour les apnéistes plus confirmés, des entraînements sur câble sont praticables jusqu’à -100 mètres au large du cap Carqueiranne, face aux roches rouges — niveau requis : confirmé à expert, encadrement club indispensable, sans rapport avec les entrées en snorkeling décrites plus haut.
L’archipel de Porquerolles change d’échelle : eaux limpides, tombants, grottes et tunnels. L’île fait partie des rares endroits où des épaves comme le Iéna ou le Cimentier restent accessibles en apnée, à des profondeurs échelonnées de quelques mètres à une cinquantaine de mètres — de quoi construire un stage progressif sans jamais changer de base arrière. Niveau requis : le Cimentier (3-15 m) convient à un stage débutant encadré ; le Iéna et les parties profondes des autres épaves restent réservés aux apnéistes confirmés.
Plus sauvage, Port-Cros concentre grottes, tunnels rocheux et une faune protégée dense, à quelques encablures des réserves intégrales interdites d’accès. Le tombant apparaît souvent d’un coup, sans transition, à la sortie d’un couloir rocheux — un des effets de relief qui rendent le site aussi prisé des photographes sous-marins que des apnéistes. Le sentier sous-marin de la Palud, accessible en surface ou en apnée légère, reste l’un des meilleurs points d’entrée pour découvrir la richesse du site sans matériel technique. Pour prolonger la découverte de cette biodiversité marine locale, le site officiel du Parc national de Port-Cros détaille l’ensemble des espaces protégés et des règles d’accès.
La préfecture maritime de la Méditerranée encadre strictement le mouillage sur l’ensemble du littoral varois. Un arrêté renforcé en 2024 interdit notamment le mouillage sur les herbiers de posidonie pour les navires de plus de 24 mètres sur l’ensemble de la façade méditerranéenne, et des zones de mouillage organisé (ZMEL) limitent la fréquentation autour de Porquerolles et de Port-Cros, avec une interdiction totale de mouillage dans certains secteurs du cœur de parc.
La réglementation impose une signalisation claire de tout apnéiste ou plongeur évoluant en surface ou en immersion, conformément à l’arrêté ministériel du 27 mars 1991 relatif au balisage et à la signalisation dans la bande littorale : bouée de plongée visible, complétée par le pavillon alpha à bord de l’embarcation d’accompagnement. C’est cette même signalisation que DAN Europe rappelle comme une protection essentielle contre le risque de collision avec une embarcation.
La plongée en cœur de Parc national de Port-Cros fait l’objet d’une réglementation spécifique : une déclaration en ligne via le carnet CaPel et l’adhésion à une charte sont demandées aux organisateurs de sorties collectives, une démarche à anticiper systématiquement avant une sortie de groupe encadrée par un club ou une association.
Contrairement à une idée reçue, l’apnée dans le Var ne se limite pas aux mois d’été. La température de l’eau à Toulon reste toujours praticable pour un apnéiste équipé d’une combinaison adaptée à la saison, avec un écart marqué entre l’hiver et le cœur de l’été.
| Saison | Température moyenne de l’eau | Combinaison indicative |
|---|---|---|
| Hiver (déc.-fév.) | environ 13-14,5°C | 5/3 mm, cagoule recommandée |
| Printemps (mars-mai) | environ 14-19°C | 4/3 mm à 3 mm selon le mois |
| Été (juin-sept.) | environ 22-26°C en surface (pic mi-août) | 1,5-2 mm en surface, davantage recommandé en profondeur |
| Automne (oct.-nov.) | environ 20°C | 3 mm |
Cette amplitude, loin d’être un frein, permet d’organiser des stages toute l’année : la visibilité est souvent excellente dès le printemps, avant l’affluence estivale, et les entraînements en combinaison plus épaisse font partie intégrante de la préparation des apnéistes confirmés qui visent une progression sur plusieurs saisons. Un point de vigilance en été : la thermocline méditerranéenne est trompeuse, et il n’est pas rare de perdre 5 à 10°C entre la surface et 15-20 mètres de profondeur — de quoi surprendre un apnéiste en statique ou en immersion profonde qui se serait fié à la seule température de surface. Le travail respiratoire mené en amont d’une séance d’apnée n’est d’ailleurs pas sans écho avec certaines pratiques de respiration consciente proposées par ailleurs au Mas, autour du yoga et de la méditation — deux disciplines qui partagent, chacune à leur façon, ce même rapport attentif au souffle.
Qu’il s’agisse d’un club FFESSM, d’une structure labellisée AIDA ou d’une équipe indépendante comme Espace Apnée, le choix de l’encadrement doit se faire sur des critères précis : niveau de qualification des moniteurs (MEF1, MEF2, Instructor AIDA), possession du RIFAA, ratio encadrant/apnéistes adapté au niveau du groupe, et protocole de sécurité écrit et partagé avant la première mise à l’eau. Pour tout encadrement contre rémunération, un diplôme d’État reste par ailleurs requis : le premier diplôme d’État spécifique à l’encadrement de l’apnée a été créé en 2017, complétant les qualifications fédérales qui, seules, ne suffisent pas à encadrer une activité sportive à titre professionnel.
Au-delà de l’encadrement technique, la réussite d’un stage collectif tient souvent à des détails logistiques simples : un point d’eau direct sans transport intermédiaire entre l’hébergement et la mise à l’eau, un espace suffisant pour rincer et faire sécher le matériel entre deux sorties, et un cadre au calme pour que la récupération — essentielle en apnée, où la fatigue accroît le risque de syncope — soit aussi sérieuse que l’entraînement lui-même.
C’est sur ce dernier point que nous intervenons : le Mas de la Gavaresse est une maison de famille privatisable pour des groupes de 15 à 20 personnes, à quelques minutes à pied du port des Oursinières, pensée pour l’accueil de groupes sportifs — sans nuisance sonore, sans musique amplifiée, avec une logistique adaptée au matériel d’apnée. Les détails pratiques — accès, tarifs, infrastructures — figurent sur notre page dédiée aux stages d’apnée.
Vous organisez un stage de club ou une sortie apnée en groupe dans le Var ? Le Mas de la Gavaresse accueille les groupes sportifs à quelques minutes du port des Oursinières. Découvrez la page dédiée aux stages d’apnée →
Qu’est-ce que l’apnée sportive ? C’est la pratique de l’immersion en milieu aquatique sans assistance respiratoire, codifiée en plusieurs disciplines par la FFESSM et l’AIDA International, en piscine (statique, dynamique) comme en mer (poids constant, immersion libre).
Quelle est la différence entre apnée statique et apnée dynamique ? L’apnée statique consiste à rester immobile le plus longtemps possible, visage immergé ; l’apnée dynamique consiste à parcourir la plus grande distance possible en immersion, avec ou sans palmes.
Quel est le record du monde d’apnée statique ? Les records officiels évoluent régulièrement ; à titre indicatif, la barre des 11 minutes 35 secondes a déjà été franchie en compétition.
Quelle est la différence entre la FFESSM et l’AIDA ? La FFESSM est la fédération française délégataire, organisée en clubs et comités départementaux ; l’AIDA International est l’organisme mondial qui homologue les records et organise les compétitions internationales. Des passerelles existent entre les deux cursus.
Quel âge pour commencer l’apnée ? Les brevets jeunes FFESSM débutent dès moins de 8 ans (0-1 mètre), avec des limitations de profondeur strictes qui évoluent avec l’âge jusqu’à la majorité.
L’apnée est-elle dangereuse ? Comme toute activité en milieu aquatique, elle comporte des risques réels — en premier lieu la syncope hypoxique — mais ces risques sont fortement réduits par un encadrement qualifié, un binôme systématique et le respect des protocoles de sécurité enseignés par les fédérations.
Qu’est-ce que la syncope hypoxique ? C’est une perte de connaissance brutale liée au manque d’oxygène, survenant le plus souvent dans les secondes qui suivent le retour à la surface plutôt qu’au fond.
L’hyperventilation avant une apnée est-elle recommandée ? Non : elle est déconseillée par l’ensemble des organismes de référence, car elle retarde artificiellement l’envie de respirer sans augmenter l’oxygène disponible, ce qui accroît le risque de syncope sans signe avant-coureur.
Qu’est-ce que le blood shift ? C’est la redistribution du sang des membres vers le thorax sous l’effet de la pression en profondeur, un mécanisme qui protège les poumons de la compression.
Quel est le rôle de la rate en apnée ? La rate se contracte pendant l’apnée pour libérer des globules rouges supplémentaires dans la circulation, améliorant temporairement le transport d’oxygène — un mécanisme plus marqué chez les apnéistes entraînés.
Peut-on pratiquer la plongée bouteille et l’apnée le même jour ? DAN Europe déconseille de combiner les deux activités le même jour au-delà de 15 mètres de profondeur en apnée, en raison du risque de surcharge en bulles dans l’organisme (phénomène de taravana).
Qu’est-ce que le RIFAA ? Le RIFAA (Réaction et Intervention Face à un Accident en Apnée) est le brevet de secourisme spécifique à l’apnée délivré par la FFESSM.
Faut-il une autorisation pour plonger en apnée à Port-Cros ou Porquerolles ? Les réserves intégrales (Bagaud, Gabinière, Rascas) sont interdites d’accès. Pour une sortie de groupe organisée dans le reste du cœur de parc, une déclaration via le carnet CaPel et l’adhésion à une charte sont demandées.
Peut-on plonger en apnée sur les épaves de Porquerolles ? Oui, plusieurs épaves comme le Iéna ou le Cimentier sont accessibles en apnée à des profondeurs échelonnées, sous réserve de respecter la réglementation locale de navigation et de mouillage.
Quelle signalisation est obligatoire pour un apnéiste en mer ? Une bouée de plongée visible est obligatoire, complétée par le pavillon alpha sur l’embarcation d’accompagnement, conformément à l’arrêté ministériel du 27 mars 1991.
Combien de temps dure un stage d’apnée type ? Les formats varient selon les clubs, de l’initiation d’une demi-journée aux stages de plusieurs jours combinant piscine et sorties en mer, avec un encadrement et un ratio adaptés au niveau du groupe.
Quel est le meilleur moment de l’année pour pratiquer l’apnée dans le Var ? Il n’y en a pas vraiment un seul : la température de l’eau à Toulon varie d’environ 13°C en hiver à plus de 22°C en été, ce qui permet une pratique toute l’année avec une combinaison adaptée à la saison. L’été offre une eau plus chaude et une meilleure visibilité, mais aussi plus d’affluence ; le printemps et l’automne restent d’excellentes fenêtres pour un stage au calme.
Comment débuter l’apnée en toute sécurité ? En passant par un club affilié FFESSM ou une structure labellisée AIDA, qui encadre la progression par des niveaux certifiés et enseigne dès le départ les protocoles de sécurité en binôme.
Existe-t-il des associations d’apnée à Toulon ? Oui, notamment l’ASCM Toulon Apnée et Apnéemotion, toutes deux actives dans le Var à proximité de Toulon.
Qu’est-ce que la CMAS et quel est son lien avec l’apnée dans le Var ? La CMAS (Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques) est l’institution historique qui fédère les activités subaquatiques dans une centaine de pays et qui est reconnue par le Comité International Olympique. La FFESSM en étant membre fondateur, chaque brevet d’apnée délivré dans un club varois ouvre droit à une carte double face FFESSM/CMAS reconnue à l’international.
Quelle est la différence entre les circuits AIDA et CMAS ? Les deux organisent des championnats du monde et homologuent des records, sur des disciplines pour l’essentiel communes (poids constant, immersion libre, statique). La CMAS s’en distingue par des épreuves de bassin qui lui sont propres, l’apnée de vitesse et l’apnée d’endurance, et par sa reconnaissance officielle du Comité International Olympique.
Entre un cadre réglementaire mûr (FFESSM, AIDA International), une physiologie de mieux en mieux comprise par la recherche, un tissu associatif dense et vigilant sur la sécurité, un sanctuaire naturel protégé depuis 1963 et un terrain de jeu qui va des criques abritées du Pradet aux tombants de Port-Cros, l’apnée dans le Var a toutes les qualités d’une discipline qui mérite d’être pratiquée — en groupe, encadrée, et dans le respect du milieu qui la rend possible.
Fédérations et organismes de référence
Sécurité et médecine subaquatique
Physiologie et recherche scientifique
Parc national de Port-Cros et milieux marins
Réglementation locale (navigation, mouillage, plongée)
Clubs et structures locales
Conditions de mer et saisonnalité
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