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Le Mas de la Gavaresse

Vue panoramique sur les cabanons de pêcheurs et le port des Oursinières, Le Pradet

Les Oursinières : dans les cabanons de pêcheurs qui veillent sur le port du Pradet

À quelques minutes du Mas, un port centenaire et son hameau de cabanons racontent, presque intacts, l’histoire maritime du Pradet. Enquête sur un patrimoine que la Côte d’Azur n’a pas encore rattrapé.

 

Il faut arriver tôt, avant que les premiers plaisanciers ne descendent vers les pontons. À cette heure, le port des Oursinières n’est encore qu’un clapotis contre les coques et une odeur de résine chaude portée par les pins de la colline. Au-dessus du bassin, à moitié cachées par les frondaisons, des maisons de pêcheurs semblent monter la garde à l’entrée du port — un rôle qu’elles tiennent, silencieusement, depuis plus d’un siècle. Ici, au sud du Pradet, à deux pas du Mas de la Gavaresse, les cabanons de pêcheurs des Oursinières incarnent une Provence maritime authentique, qui n’a jamais eu besoin de se costumer pour les touristes..

Une histoire d'eau et de pierre : la naissance du port

Contrairement à l’image de carte postale qu’il offre aujourd’hui, le port des Oursinières n’a rien d’un décor figé depuis toujours. Son histoire est celle d’un lent apprivoisement de la côte, documenté avec précision par l’Inventaire général du patrimoine culturel de la région Sud.

1887 — Le site n’est encore qu’un port-abri marécageux, protégé par une digue de fortune faite d’amas rocheux. C’est autour de cette digue rudimentaire que s’installent les premiers cabanons de pêcheurs : des abris simples, construits pour être proches de l’eau et des barques, pas pour être beaux.

1892 — Le monticule de pierres est transformé en une véritable jetée, dotée d’une estacade et d’un mur de protection maçonné. Le port commence à prendre la forme d’un lieu pensé, et non plus seulement subi.

1940 — Un tournant inattendu : une centaine de militaires du corps d’artillerie de marine (les « Bigors ») approfondissent le bassin existant et aménagent de vrais quais. Ce premier bassin militaire correspond exactement à la partie intérieure du port que l’on connaît aujourd’hui — l’empreinte de la Marine nationale est encore, littéralement, sous nos pieds quand on marche sur le quai.

1950 — Le port est renforcé par un remblai en enrochement, formant un bassin de 2 000 m² compartimenté par de petits môles intérieurs. L’entrée s’effectue déjà par le passage étroit que l’on emprunte aujourd’hui.

Années 1960 — La jetée est prolongée de près de 80 mètres, réalisée en enrochements avec, côté intérieur, un large quai capable d’accueillir davantage de bateaux.

Aujourd’hui — Le port compte 220 à 235 places, dont cinq réservées aux pêcheurs professionnels et quatre-vingts utilisables uniquement de mars à septembre pour les visiteurs de passage. Une capitainerie veille sur cet équilibre depuis le terre-plein ouest, fidèle à l’esprit du lieu : « sourire et sens du service public », comme le résume elle-même l’équipe portuaire.

Bateaux de plaisance et de pêche amarrés au port des Oursinières, collines varoises en arrière-plan et capitainerie

Les cabanons de pêcheurs, gardiens discrets de la colline

Ce que peu de visiteurs remarquent au premier regard, c’est que le port n’est que la partie visible d’un hameau plus vaste. Sur la colline qui l’enserre, à moitié dissimulées par les pins, se nichent encore des maisons de pêcheurs qui ont vu naître le port bien avant que la Marine n’y pose ses quais en 1940. Certaines sont toujours habitées par les descendants de ceux qui les ont bâties.

L’ambiance qui règne aux Oursinières n’a rien d’une reconstitution : c’est un vrai village, avec ses codes et son rythme. On y croise des pêcheurs qui rentrent leur matériel, des joueurs de pétanque qui occupent l’ombre d’un tamaris en fin d’après-midi, des promeneurs qui empruntent le sentier du littoral pour rejoindre les plages voisines. Le silence, souvent, n’est troublé que par le va-et-vient discret des bateaux — un calme rare si près d’une station balnéaire aussi fréquentée l’été.

Cette discrétion est précisément ce qui a permis à ces cabanons de traverser le siècle sans être dénaturés. Contrairement à des sites plus médiatisés du littoral, les Oursinières n’a jamais cherché à devenir une destination spectaculaire — et c’est sans doute ce qui explique qu’on y ressente encore, intacte, la vie de pêche qui l’a fait naître.

Cabanons de pêcheurs colorés nichés entre les pins au-dessus du port des Oursinières, Le Pradet

Philippe Tailliez et l'aventure de la plongée moderne

Il y a, aux Oursinières, un chapitre d’histoire qui dépasse largement le cadre local. Une stèle, installée le 11 avril 2011, y honore la mémoire du capitaine de frégate Philippe Tailliez — pionnier, aux côtés de Jacques-Yves Cousteau et Frédéric Dumas, de la plongée sous-marine en scaphandre autonome.

Ce trio, resté célèbre sous le nom des « Mousquemers », a mené ses toutes premières explorations sous-marines précisément dans ces eaux de la rade de Toulon, à une époque où l’idée même de respirer sous l’eau relevait presque de la science-fiction. Que cette histoire mondiale de l’exploration marine ait pris racine à quelques encablures des cabanons de pêcheurs des Oursinières n’a rien d’un hasard : c’est ici, dans une mer alors préservée et transparente, que la vocation de ces hommes est née. Un fil qui rejoint, à sa manière, la vigilance que nous portons aujourd’hui à la vie marine du littoral pradétan.

Stèle en mémoire de Philippe Tailliez, pionnier de la plongée sous-marine, aux Oursinières

Un patrimoine partagé sur tout le littoral varois

Les Oursinières n’est pas un cas isolé — elle s’inscrit dans une constellation de cabanons de pêcheurs qui ponctuent encore la côte varoise, chacun avec sa personnalité propre :

Le Pin de Galle, à quelques minutes de là sur la même commune du Pradet, aligne une centaine de cabanons colorés accrochés à la colline, accessibles par un escalier serpentant entre les pins — un hameau plus resserré, plus vertical, mais de la même lignée.

La baie du Lazaret et Tamaris, à La Seyne-sur-Mer, offrent le contraste le plus saisissant de la région : des cabanes de pêcheurs sur pilotis posées directement au-dessus de l’eau, face aux villas bourgeoises du XIXe siècle de la corniche voisine.

Le port du Brusc, à Six-Fours-les-Plages, et le port Saint-Elme, à La Seyne, conservent des cabanons encore en activité : chaque matin d’été, les pêcheurs y vendent directement leur pêche du jour devant des façades multicolores.

Les anses de San Peyre et Magaud, sur la commune voisine de La Garde, dessinent un hameau plus confidentiel : des toits de tôle ondulée accrochés à une côte rocheuse abrupte, accessibles par un sentier escarpé.

Ce qui frappe, d’un site à l’autre, c’est la constance d’un même geste : des gens modestes, faute de pouvoir posséder une bastide, ont façonné leur propre art de vivre au bord de l’eau — avec les moyens du bord, et souvent la peinture même de leurs barques sur les murs de leurs cabanons.

Bateaux amarrés dans le bassin calme du port des Oursinières au Pradet

Le clin d'œil du Fort de la Gavaresse

Un détail amusera sans doute nos hôtes les plus curieux : à quelques minutes des Oursinières se dresse le Fort de la Gavaresse, ouvrage militaire du littoral pradétan qui partage son nom avec notre Mas. Une coïncidence toponymique qui en dit long sur l’ancrage de ce nom dans le paysage local — la Gavaresse n’est pas qu’une propriété, c’est un morceau de géographie du Pradet, au même titre que ce fort ou que le port voisin.

Un équilibre fragile entre patrimoine et pression du littoral

Ce que l’on visite aux Oursinières aujourd’hui n’est pas acquis pour toujours. Comme la plupart des cabanons de pêcheurs de la région, ceux qui subsistent sur la colline ont souvent été bâtis à une époque où personne ne demandait de permis de construire — une réalité qui les place, juridiquement, dans une zone grise face à la loi littoral, laquelle encadre aujourd’hui strictement toute construction en bord de mer pour protéger les côtes françaises de la bétonisation.

Sur la façade varoise, la situation reste globalement plus stable que dans certains hameaux marseillais, où des occupants ont pu être menacés d’expulsion. L’ancienneté de l’occupation familiale et la vigilance des propriétaires jouent en faveur d’une transmission apaisée. Mais la pression immobilière de la Côte d’Azur ne faiblit pas pour autant : chaque cabanon qui change de main aujourd’hui se négocie à des prix sans commune mesure avec ses origines populaires — un basculement qui interroge sur l’avenir de ce patrimoine né, précisément, de la modestie.

Ruelle fleurie entre les maisons de pêcheurs du hameau des Oursinières

Visiter les cabanons de pêcheurs des Oursinières comme un Pradétan

Le port et son hameau restent, avant tout, un lieu de vie — pas un musée à ciel ouvert. Quelques principes simples permettent de le découvrir dans le respect de ceux qui y vivent et y travaillent :

  • Privilégier le petit matin ou la basse saison, quand le port retrouve son calme originel et sa lumière la plus belle sur l’eau.
  • Rester sur le sentier du littoral et les quais publics : les hauteurs boisées abritent des propriétés privées.
  • Observer sans photographier les habitants : plusieurs familles occupent ces maisons depuis des générations.
  • Prendre le temps d’une pétanque ou d’un café sur le port, plutôt que de simplement traverser : c’est ainsi que ce lieu se laisse vraiment apprivoiser.

Depuis le Mas, quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre les Oursinières — dans le droit fil de notre conviction que la mer se découvre à pied, jamais depuis une voiture.

Plage des Oursinières avec vue sur le port et la capitainerie, Le Pradet

Un patrimoine à hauteur d'homme

Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ce port qui a connu la pêche artisanale, l’occupation militaire, puis la plaisance moderne, sans jamais perdre son âme de village. Les cabanons de pêcheurs des Oursinières, comme leurs cousins du Pin de Galle ou de Tamaris, ne sont pas des vestiges figés dans une carte postale : ce sont des lieux encore vivants, où l’on continue, saison après saison, à rentrer les filets, à jouer à la pétanque à l’ombre et à guetter le retour des barques.

Envie de découvrir les Oursinières et le reste du littoral pradétan depuis le Mas ? Contactez-nous pour organiser votre séjour.

Partie de pétanque sur le terrain du port des Oursinières, devant la capitainerie