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Le Mas de la Gavaresse

Table dressée pour le service de la bouillabaisse provençale face à la mer sous un pin parasol

La bouillabaisse provençale : histoire, traditions et secrets d’un plat emblématique de Méditerranée

L’âme de la Méditerranée dans une marmite

Il existe des plats qui dépassent largement le simple plaisir de la table. Des plats qui racontent un territoire, ses paysages, ses habitants et son histoire.

La bouillabaisse appartient à cette catégorie.

Bien plus qu’une soupe de poissons, elle est une mémoire vivante de la Provence maritime. Elle raconte les ports au petit matin, les pêcheurs rentrant de mer, les filets chargés de poissons de roche, les marchés provençaux, les repas de famille et ces longues tablées où l’on prend le temps de partager.

De Marseille aux calanques de Cassis, de Toulon au Le Pradet, jusqu’aux îles d’Hyères, la bouillabaisse est intimement liée à cette Méditerranée où la mer, la cuisine et l’art de vivre ne font qu’un. Ce littoral varois, entre Toulon et les îles d’Hyères, conserve encore aujourd’hui une identité maritime forte, faite de petits ports, de traditions de pêche et de paysages préservés.

Aujourd’hui devenue un plat recherché par les gastronomes du monde entier, elle conserve pourtant une origine profondément populaire : celle d’une cuisine simple, née de la nécessité et du respect absolu du produit.

Une naissance au cœur des ports provençaux

Contrairement à certaines légendes, la bouillabaisse telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est pas un plat antique figé dans le temps. Elle est le résultat d’une longue évolution de la cuisine méditerranéenne.

Depuis l’Antiquité, les peuples installés autour de la Méditerranée cuisinent les poissons avec de l’huile d’olive, des herbes aromatiques et des légumes. Les Grecs puis les Romains avaient déjà leurs propres préparations de poissons en sauce ou en bouillon.

Mais la véritable bouillabaisse apparaît progressivement sur les côtes provençales, dans les communautés de pêcheurs.

À l’origine, elle est une cuisine de marins.

Les pêcheurs conservaient les plus beaux poissons pour la vente :

  • loups de mer ;
  • dorades ;
  • dentis ;
  • langoustes.

Les poissons de roche, plus difficiles à commercialiser à cause de leurs nombreuses arêtes ou de leur petite taille, étaient réservés à la marmite familiale.

Rascasses, girelles, congres, vives et autres poissons des fonds rocheux devenaient alors un repas nourrissant, parfumé et économique.

La marmite était souvent installée directement près du rivage, sur un feu de bois. On y ajoutait ce que la Provence offrait :

  • huile d’olive ;
  • ail ;
  • tomates ;
  • fenouil sauvage ;
  • aromates de la garrigue.

Ainsi naquit peu à peu la bouillabaisse.

« Boui-abaïsso » : le geste qui donne son nom au plat

L’origine du mot bouillabaisse vient probablement du provençal :

boui-abaïsso

qui signifie :

« quand ça bout, tu baisses ».

Cette expression résume parfaitement la technique traditionnelle.

Le bouillon est d’abord porté à forte ébullition afin d’extraire les saveurs des poissons de roche et de créer une liaison naturelle entre l’eau et l’huile d’olive.

Puis le feu est diminué lorsque les poissons nobles sont ajoutés.

Chaque poisson possède son propre temps de cuisson :

  • les poissons fermes peuvent supporter une cuisson plus longue ;
  • les chairs délicates doivent rester nacrées.

Cette maîtrise explique pourquoi la bouillabaisse est un plat beaucoup plus subtil qu’une simple soupe de poisson.

De la marmite des pêcheurs aux grandes tables gastronomiques

Pendant longtemps, la bouillabaisse reste un plat populaire.

Au XIXᵉ siècle, plusieurs phénomènes vont contribuer à sa transformation.

Le développement du chemin de fer facilite l’arrivée des visiteurs sur la Côte d’Azur. Marseille, Toulon et les stations balnéaires deviennent des destinations recherchées.

Les voyageurs découvrent alors cette étonnante préparation de pêcheurs.

Les restaurants commencent à proposer une version plus raffinée :

  • poissons sélectionnés ;
  • utilisation du safran ;
  • huile d’olive de qualité supérieure ;
  • service spectaculaire en salle.

La bouillabaisse devient progressivement un symbole de la gastronomie provençale.

En 1980, face aux nombreuses adaptations commerciales, des restaurateurs marseillais établissent une Charte de la Bouillabaisse afin de préserver l’esprit traditionnel du plat.

Les poissons indispensables d'une véritable bouillabaisse

La bouillabaisse n’est pas une recette immuable.

Elle dépend toujours de la pêche du jour.

Cependant, certaines espèces sont considérées comme fondamentales.

PoissonImportance dans la recette
Rascasse rougeVéritable colonne vertébrale du plat. Sa tête riche en gélatine apporte profondeur et onctuosité au bouillon.
Saint-PierreUne chair blanche exceptionnelle, fine et délicate.
Galinette (grondin rouge)Un poisson très parfumé qui donne beaucoup de caractère au fumet.
Congre (fiélas)Sa richesse en collagène apporte une texture remarquable.
ViveMalgré ses épines dangereuses, sa chair est particulièrement savoureuse.
Baudroie (lotte)Appréciée pour ses morceaux charnus et sans arêtes.

Selon les ports et les saisons, on peut également retrouver :

  • chapon ;
  • grondin perlon ;
  • mostelle ;
  • roucaou ;
  • cigale de mer lors des grandes occasions.

Une véritable bouillabaisse ne cherche pas le luxe à tout prix : elle recherche avant tout le goût authentique de la Méditerranée.

Le secret d'une grande bouillabaisse : le bouillon

Les anciens pêcheurs le savaient :

Une bouillabaisse réussie se juge d’abord à son bouillon.

Tout commence avec les poissons de roche.

Ils sont cuits avec une garniture aromatique composée traditionnellement de :

  • tomates mûres ;
  • oignons ;
  • ail ;
  • fenouil ;
  • thym ;
  • laurier ;
  • huile d’olive.

Certaines familles ajoutent également :

  • un zeste d’orange séché ;
  • quelques graines de fenouil ;
  • une pointe de pastis.

Après une cuisson longue, les poissons sont écrasés puis filtrés afin d’obtenir un fumet riche et parfumé.

Le safran vient ensuite apporter cette couleur dorée caractéristique.

Mais il doit rester un accompagnement : il ne doit jamais masquer le goût profond des poissons.

La rouille : l'accompagnement indispensable

La rouille est indissociable de la bouillabaisse.

Cette sauce orange-rouge doit son nom à sa couleur rappelant celle de la rouille du métal.

Selon les traditions familiales, elle peut être préparée avec :

  • ail pilé ;
  • piment rouge ;
  • huile d’olive ;
  • mie de pain trempée dans le bouillon.

Certaines versions utilisent également un jaune d’œuf pour obtenir une texture plus proche d’une mayonnaise.

Elle est servie sur des croûtons frottés à l’ail.

Le geste traditionnel consiste à déposer généreusement la rouille sur le pain, puis à laisser celui-ci s’imprégner doucement du bouillon brûlant.

Le rituel de la bouillabaisse : un repas en deux actes

La bouillabaisse n’est pas seulement une recette.

C’est une manière de recevoir.

Traditionnellement, elle se déguste en deux temps, dans une ambiance où l’on prend le temps d’échanger et de partager.

Premier acte : le bouillon

Le repas commence par le service du bouillon.

Il arrive brûlant dans des assiettes creuses, accompagné des croûtons frottés à l’ail et de la rouille.

C’est à ce moment que l’on découvre toute la complexité du plat :

  • le parfum du fenouil ;
  • la profondeur des poissons de roche ;
  • les notes de tomate et d’huile d’olive ;
  • la chaleur de l’ail ;
  • la finesse du safran.

Le bouillon doit être puissant mais équilibré.

Il ne doit jamais être simplement salé ou épicé : il doit raconter la mer.

Deuxième acte : les poissons

Les poissons arrivent ensuite sur un grand plat.

Présentés entiers, ils permettent aux convives de reconnaître les différentes espèces utilisées.

Traditionnellement, le maître d’hôtel ou l’hôte découpe les poissons avant de les répartir.

Ils sont ensuite servis avec une nouvelle louche de bouillon.

Dans de nombreuses familles provençales, des pommes de terre sont également cuites directement dans le fumet afin qu’elles absorbent toutes les saveurs de la Méditerranée.

Les idées reçues sur la bouillabaisse

« La bouillabaisse est simplement une soupe de poisson »

C’est probablement la confusion la plus fréquente.

Une soupe de poisson est généralement mixée puis filtrée avant d’être servie.

La bouillabaisse est un plat complet : le bouillon constitue une partie du repas, mais les poissons restent entiers et sont dégustés séparément.


« Plus le poisson est cher, meilleure est la bouillabaisse »

C’est faux.

La richesse du plat vient avant tout des poissons de roche.

Une rascasse fraîche apportera souvent davantage de caractère qu’un poisson plus prestigieux mais moins adapté.

La bouillabaisse est une cuisine de terroir avant d’être une cuisine de luxe.


« Il faut absolument mettre de la langouste »

La langouste est aujourd’hui parfois associée aux versions gastronomiques de la bouillabaisse.

Mais historiquement, elle n’était pas présente dans la marmite quotidienne des pêcheurs.

Elle reste un ajout exceptionnel, réservé aux grandes occasions.

Bouillabaisse et biodiversité méditerranéenne

La bouillabaisse est née d’une relation intime entre les hommes et la mer.

Elle dépend directement de la richesse des fonds méditerranéens.

Les poissons de roche vivent dans des environnements fragiles, notamment autour des herbiers de Posidonie, véritables refuges pour de nombreuses espèces marines.

La préservation de ces milieux est essentielle pour maintenir :

  • la biodiversité ;
  • la pêche artisanale ;
  • les traditions culinaires locales.

Découvrir une bouillabaisse, c’est aussi comprendre l’importance de protéger cette mer exceptionnelle.

À quelques kilomètres du Pradet, le Parc national de Port-Cros témoigne de cette volonté de préserver les paysages et les écosystèmes méditerranéens.

Où déguster une véritable bouillabaisse entre Marseille, Toulon et les îles d'Hyères ?

Une véritable bouillabaisse exige de la rigueur, du temps et des poissons d’une fraîcheur irréprochable. Elle se commande généralement 24 à 48 heures à l’avance afin de permettre au chef de sélectionner ses arrivages.

L’Oursinado – Le Pradet

Adresse : Chemin du Pass. dei Garden, 83220 Le Pradet

Téléphone : 04 94 21 77 06

Niché sur les rochers de la côte pradétane au lieu-dit des Oursinières, L’Oursinado est une véritable institution du littoral. Sa terrasse surplombant la mer, les pointus et les îles d’Hyères offre un cadre d’exception pour savourer une bouillabaisse élaborée dans les règles de l’art (uniquement sur réservation).

La pêche locale au Port des Oursinières

La vraie bouillabaisse commence sur les pontons. Au Port des Oursinières, les pêcheurs locaux perpétuent la pêche artisanale au filet et à la nasse. Vous pouvez suivre le quotidien et les arrivages des pêcheurs du Pradet sur la page officielle Le Petit Pêcheur des Oursinières sur Facebook.

Le Poisson Rouge – Presqu’île de Giens

Adresse : Route du Port du Niel, 83400 Hyères

Téléphone : 04 94 58 92 33

Niché dans l’un des plus beaux abris naturels du Var au Port du Niel, cet établissement met à l’honneur les poissons de roche face au panorama des îles d’Hyères.

Chez Fonfon – Marseille

Adresse : 140 Rue du Vallon des Auffes, 13007 Marseille

Téléphone : 04 91 52 14 38

Caché au fond du Vallon des Auffes, Chez Fonfon est une adresse historique marseillaise où la tradition du plat se perpétue depuis plusieurs générations.

Le Miramar – Marseille

Adresse : 12 Quai du Port, 13002 Marseille

Téléphone : 04 91 91 41 09

Sur le Vieux-Port de Marseille, membre fondateur de la Charte de la Bouillabaisse, Le Miramar est une référence pour découvrir ce grand classique provençal.

Le Petit Nice Passedat – Marseille

Adresse : 17 Rue des Braves, Anse de Maldormé, 156 Corniche Président John Fitzgerald Kennedy, 13007 Marseille

Téléphone : 04 91 59 25 92

Perché sur les rochers de la Corniche, le restaurant triplement étoilé du chef Gérald Passedat propose une réinterprétation sublimée de la bouillabaisse. À travers sa célèbre « Bouille-Abaisse » servie en plusieurs services créatifs, le chef élève les poissons oubliés des fonds marins au rang de haute gastronomie, tout en restant fidèle au goût originel de la mer.

Après une bouillabaisse : explorer la Provence maritime

La bouillabaisse est une porte d’entrée vers tout un territoire.

Elle invite à découvrir :

les petits ports de pêche du Var ;

les marchés provençaux ;

les sentiers du littoral ;

les fonds marins préservés ;

les paysages sauvages des îles d’Hyères.

Depuis Le Mas de la Gavaresse, au Pradet, il est possible de partir à la découverte de cette Provence maritime authentique :

une balade vers le Port des Oursinières ;

une randonnée sur le massif de la Colle Noire ;

une sortie snorkeling dans les eaux transparentes de la côte ;

une excursion vers les îles de Porquerolles, Port-Cros ou Le Levant.

La bouillabaisse devient alors plus qu’un repas : elle devient une expérience complète de la Méditerranée.

À lire également sur le Journal de Gavaresse

La bouillabaisse, mémoire vivante de la Provence

Au-delà de la recette, la bouillabaisse rassemble. Elle réunit le travail des hommes de mer, l’attachement à un terroir préservé et le savoir-faire de nos cuisiniers. Déguster une authentique bouillabaisse au bord de l’eau, c’est prendre le temps d’écouter le chant de la Méditerranée et de partager un art de vivre unique.